Les portraits de la rentrée : Marie, praticienne de la méthode Vittoz

Thérèse : Bonjour Marie, peux-tu te présenter aux lectrices en quelques mots ?

Marie : ce portrait m’est demandé depuis plus d’un an. Cela m’émeut et m’impressionne de voir l’œuvre de celle avec qui j’ai cheminé avec une immense joie adolescente. J’ai 30 ans cette année, un mari rencontré il y a la moitié de ma vie, 3 enfants qui nous poussent à toujours nous corriger et nous améliorer. J’ai mon cabinet en libéral, cela me permet de voir ma famille et d’exercer un métier qui me passionne. Je suis par ailleurs animatrice Teen Star, expérience qui rejoint et enrichit ma pratique de la méthode Vittoz.

T – Comment en es-tu venue à t’intéresser à la méthode Vittoz ?

M. J’ai entendu parler de la méthode Vittoz par des amis et une de mes sœurs qui met toujours en pratique les exercices 20 ans après ses séances. Après un master de philo, et quelques années de travail à l’Arche, j’aspirais à être formée pour rencontrer les personnes et les accompagner pour un bout de route.

T – Peux-tu nous expliquer la méthode Vittoz en quelques phrases?

M. La méthode Vittoz est une thérapie psychosensorielle mettant en pratique la répétition d’exercices simples, faciles à intégrer dans la vie quotidienne, pour rétablir les perceptions sensorielles et la volonté pour développer la présence à soi, à l’environnement et à l’autre. Elle exerce la maîtrise cérébrale. L’utilisation de la sensation consciente permet d’arrêter la rumination mentale ou la dispersion, de dire stop en cerveau en ébullition et de vivre simplement le présent, d’où un accueil plus tranquille de ses émotions, une adaptation au réel reçu plus objectivement. Elle permet de trouver et de prendre sa juste place au sein d’un groupe.

T – Selon toi, quelles sont les qualités les plus importantes à avoir dans ce métier?

L’écoute sans jugement et la bienveillance me paraissent indispensables pour exercer ce métier. Beaucoup de personnes ont certes des contraintes extérieures mais également beaucoup de barrières intérieures qui les bloquent dans l’action mais qui les rongent de l’intérieur. L’espace thérapeutique est lieu où peuvent être déposés ces contraintes, ces tourments, ces pensées parasites. Un autre indispensable pour le thérapeute est de ne rien attendre mais d’accueillir ce qui se vit et ce qui se dit.

T – Comment se déroule une consultation ? Quels types de personnes peuvent venir te voir ?

M. Les patients que je rencontre ont de 3 à 70 ans. Les problématiques sont aussi diverses que les personnes qui viennent en séance. Chez les enfants, les difficultés à gérer les émotions, les difficultés à se concentrer, les angoisses de séparation, sont souvent le motif premier de la consultation. Chez les adultes les insomnies, les pertes d’appétit, les crises d’angoisse, le stress, le burn-out, les TOC, les dépressions, les difficultés de concentration amènent souvent les gens à vouloir consulter une thérapeute. C’est ensuite une histoire personnelle qui peut être examinée : deuil, déménagement, choix de vie (les jeunes adultes ont des choix cruciaux à poser études, vocation, métier, logements qui peuvent être de véritables sources d’angoisses) séparation, difficultés avec parents fratrie ou enfants, retraite, histoire familiale lourde… Une séance dure 1h15 une partie permet de laisser une espace pour mettre des mots sur le vécu des personnes et l’autre partie permet de proposer des exercices adaptés à la situation de chacun. J’exerce également dans des écoles primaires pour des parcours hebdomadaires d’1h30. L’objectif de ces séances étant une plus grande attention, un plus grand calme.

T – En quoi la méthode Vittoz se distingue-t-elle d’autres approches thérapeutiques ?

M. La méthode Vittoz a ceci de spécifique qu’elle est une approche incarnée, une manière de soigner pas seulement par la parole mais avec toutes les dimensions de la personne humaine (corps, cœur et esprit) et de restaurer leur unité. Tout ce que la personne va vivre pendant une séance, le thérapeute va l’inviter à le vivre dans ses sensations, mais contrairement à la méditation de pleine conscience, on va rarement inviter le patient à s’installer pour faire 30 minutes de Vittoz, tous les jours. On l’invitera par exemple, jusqu’à la prochaine séance, à être plus attentif à la vue de ce qui l’entoure. Un des grands bienfaits de la méthode Vittoz est de permettre l’autonomie du patient : l’objectif étant d’être à nouveau maître de ses sensations, de ses pensées, de sa volonté. Une fois les exercices intégrées la personne peut continuer sa vie de manière indépendante en ayant les moyens pour réagir dans différentes situations. Le thérapeute est une personne qui aide pour un temps donné.

T – Si tu devais donner un conseil à toutes les femmes qui vont te lire pour les aider à être des femmes épanouies et heureuses dans leur féminité, quel serait-il ?

M. Selon l’adage du Docteur Vittoz, je leur dirai ce que je me recommande régulièrement “vivre l’instant présent”, vivre et non subir, voir les paysages, les monuments qui nous entourent, les étoiles filantes, regarder les visages de nos maris, de nos enfants, de nos amis, entendre les sons qui parviennent à nos oreilles , écouter nos proches , sentir les odeurs de bébé, sentir la douceur de la peau des parents âgés… Faire le plein de toutes ces sensations qui sont un véritable cadeau de la vie. Vivre l’instant présent c’est aussi lâcher l’hyper contrôle de nos vies bookées, des personnes qui nous entourent en accueillant les événements comme ils arrivent, les personnes telles qu’elles sont aujourd’hui. Dans le domaine familial ça peut également signifier accepter son mari, ses parents, ses enfants avec leurs qualités et leurs défauts, sans jugement hâtif.

T – Pour conclure, pourrais-tu partager avec nous ta citation favorite?

M. Cette prière de la sérénité attribuée à Marc-Aurèle : ” Mon Dieu, donne-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne puis changer, le courage de changer les choses que je peux, et la sagesse d’en connaître la différence“.

Merci Marie d’avoir bien voulu répondre à mes questions !

Si vous souhaitez la contacter, vous pouvez lui écrire ici : marieandcie@yahoo.fr. Pour en savoir plus sur la méthode Vittoz, c’est par ici.

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Crédit photo : Marie K.

3 réflexions sur “Les portraits de la rentrée : Marie, praticienne de la méthode Vittoz

  1. Amaëlle dit :

    Merci beaucoup pour cet entretien. Je connaissais déjà un peu la méthode Vittoz, mais cet article me donne envie d’en savoir plus, cette prise en compte unifiée de la personne semble particulièrement importante dans notre vie où on passe à côté de l’essentiel, pris par des habitudes irréflechies.

  2. arbredelacroix dit :

    J’attends depuis longtemps une méthode chrétienne pour “méditer”, sans pour autant tomber dans les travers orientaux, qui veulent que la présence à soi et à l’environnement amènent à un esprit panthéiste, qui consiste à fusionner avec le monde alentours. Il est toujours difficile d’extraire le bon du mauvais, et ayant moi-même des problèmes sensoriels, je vois pourtant très bien l’utilité d’une telle thérapie, si elle est entièrement et réellement dégagée du côté “bouddhiste” dont elle est originaire, gardant le côté thérapeutique pour ramener à se recentrer sur l’instant présent ou à gérer ses émotions.

    Attention néanmoins aux sensations qui peuvent dégénérer en sensualité. Les yeux et les oreilles doivent s’écarter de toutes les laideurs physiques et morales. Il y a un tri à faire.

    La méthode existe aussi tirée du catholicisme :

    Nous ne savons ni le jour, ni l’heure. L’avenir n’est pas encore, le passé n’est plus, seul le présent nous appartient pour mériter le ciel.

    La Vierge à Mère Mariana : “Si les mortels comprenaient combien il faut apprécier le temps qui leur est donné et cueillaient l’avantage de chaque moment de leur vie, combien le monde serait différent! Et un nombre d’âmes considérable ne tomberaient pas dans leur éternelle perdition! Ce dédain est la cause fondamentale de leur chute.”

    Extraits d’une lettre édifiante du directeur spirituel de sœur Bénigna-Consolata :
    “J’ai lu dans la vie du Bienheureux Vianney une chose qui m‘a frappé et qui, je le crois, vous fera du bien. Il est dit que ce grand Serviteur de Dieu possédait le secret de se concentrer dans l’action présente, sans s’occuper de celle qu’il venait de faire, ni de la suivante. C’est d’ailleurs la théorie et la pratique de votre saint Fondateur (saint François de Sales) : ” Transportez doucement, dit-il, votre esprit d’une action à l’autre sans empressement, sans inquiétude. ” Sœur Bénigne agit-elle ainsi ? C’est le démon qui nous fait agir autrement. En pensant à l’action passée et en vous préoccupant de celle qui viendra, vous gâtez la présente. Laissez donc le passé à la miséricorde de Dieu, et abandonnez l’avenir à sa paternelle Providence…”

    Jésus à Sr Bénigna : Il n’y a pas seulement la virginité du corps, mais aussi celle de l’esprit. Si une épouse de la terre passait son temps dans les maisons de autres, pour des visites qui, sans être répréhensibles, lui feraient négliger ses devoirs, elle serait estimée infidèle. Eh bien ! si l’une de mes épouses s’arrêtait à des pensées inutiles, elle ferait un larcin à l’amour ; ce serait une fissure à sa virginité. Il n’est pas nécessaire qu’une étoffe soit bien déchirée pour qu’elle soit gâtée. Il suffit qu’elle ait des petits accrocs ou qu’elle soit piquée ; elle n’est plus précieuse si elle est remplie de petits trous…

    Néanmoins, je m’oppose à cette idée de demeurer “sans jugements”, sauf si bien sûr on juge intérieurement. L’homme doit rester moral, même en “méditant” ou en écoutant les autres.

    Le danger de “l’écoute bienveillante” est d’être trop inspirée de celle bouddhiste. Voici la chrétienne d’après Pie XII :

    “Cette charité ne doit pas refuser d’embrasser les égarés et ceux qui se sont trompés de route ; on peut en voir un exemple dans la façon d’agir si remarquable de saint Cyrille. En effet, bien qu’il eût combattu énergiquement l’hérésie de Nestorius, il déclare cependant ouvertement, brûlant de charité, qu’il ne permet à personne de prétendre aimer Nestorius plus ardemment qu’il ne l’aime lui-même.

    Et cela à bon droit. Il faut, en effet, considérer ceux qui s’écartent du droit chemin comme des frères malades et les traiter avec douceur et bonté. A ce propos, il sera utile de rappeler ces très prudents conseils du patriarche d’Alexandrie : « L’affaire, dit-il, réclame une grande modération. » « Car d’âpres discussions poussent la plupart à l’impudence ; mieux vaut subir avec douceur ceux qui résistent que de leur créer des embarras à la pointe du droit. De même que si leur corps était malade, il faudrait le palper d’une main légère, ainsi il faut secourir leur âme chancelante avec une certaine prudence en guise de remède. De cette façon, eux aussi reviendront pas à pas à la sincérité. » 22

    Et il ajoute ailleurs : « Nous avons imité la diligence des médecins habiles : ceux-ci, en effet, ne soignent pas aussitôt par le feu ou le fer les maladies et les blessures du corps, mais ils traitent d’abord la plaie avec des médicaments lénitifs, attendant le moment opportun de la cautérisation et de l’opération. » 23 Animé d’une telle miséricorde et bienveillance pour les égarés, il se déclare ouvertement « amant passionné de la paix et totalement étranger aux disputes et aux querelles, tel, enfin, qu’il souhaite les aimer tous et être réciproquement aimé de tous » 24.”

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