Une Femme à part peut-elle porter du noir ?

Ce débat a eu lieu à de nombreuses reprises sous différentes publications sur mes réseaux sociaux. C’est un sujet qui échauffe les esprits, et suscite les plus grandes indignations. “La petite robe noire, c’est un basique”. “Le noir c’est facile à porter et à harmoniser avec tout”. “Avec les bons accessoires, le noir c’est top”. Et encore bien d’autres commentaires… Il est vrai que nous sommes constamment entourées de slogans ou de magazines qui prônent les vêtements noirs comme LA valeur sûre, LE basique à avoir dans son placard, l’indémodable, l’irremplaçable, et j’en passe. La fameuse “petite robe noire” a été popularisée par Coco Chanel il y a une centaine d’années, et cela se prêtait bien au contexte de l’époque (après-guerre, deuil, rareté des teintures, peu de vêtements dans la garde-robe des femmes). Mais à notre époque, ce n’est plus d’actualité !

Rappelons tout d’abord, comme l’explique très bien Hanna Gas dans cette vidéo, que le noir est la couleur du deuil, ou du service. Ce sont d’ailleurs les deux seules occasions pour lesquelles la duchesse de Cambridge, pour ne citer qu’elle, est autorisée à porter du noir. Lors des galas de charité, par exemple, elle s’efface au profit d’une cause plus noble, et peut donc porter du noir. On peut aussi en porter dans le domaine professionnel (serveur, ou autre métier nécessitant un uniforme) où, dans ce cas, on s’efface pour se mettre au service des clients. Mais dans le domaine privé, et pour soi, rien ne nous oblige à porter du noir.

Il faut également rappeler que cette couleur ne va pas à tout le monde. Elle va même à très peu de personnes ! Bénédicte Delvolvé, dont j’avais fait le portrait ici, l’explique très bien lors de ses ateliers. Il n’y a que peu de femmes que le noir va mettre en valeur, va illuminer, va faire rayonner ! Pour la plupart d’entre nous, le noir va nous vieillir, nous attrister, rendre notre teint terne. Ce n’est absolument pas flatteur pour nous, et pas très agréable pour ceux qui nous voient 😉 Pourquoi porter une couleur qui ne nous va pas vraiment ? D’autres couleurs sont “neutres” et faciles à harmoniser avec d’autres, sans être aussi dures que le noir. Il y a par exemple le bleu-marine, le marron, le beige. Portons des couleurs qui nous mettent en valeur (et si le noir vous va, alors pourquoi pas en porter à certaines occasions 🙂 ). J’en parle dans cet article d’ailleurs.

Beaucoup de femmes pensent que le noir est élégant. Pourquoi ? Parce que c’est ce que les publicités et les magazines répètent, mais cela ne s’appuie sur aucune donnée concrète. Ce qui est élégant, c’est d’être belle, décente et rayonnante, de porter des vêtements qui vont à notre silhouette et à notre teint, qui correspondent à notre style et à notre personnalité, et qui sont adaptés à nos activités quotidiennes voire professionnelles. Et c’est, bien entendu, d’avoir une attitude et un cœur tout aussi élégants. On me dit souvent qu’avec les bons accessoires, le noir est vraiment super à porter. Mais s’il faut des accessoires pour rendre cette couleur acceptable, est-elle si géniale que cela ? Pourquoi ne se suffit-elle pas à elle-même ?

Essayons donc de sortir de ces préjugés et portons les couleurs chatoyantes qui nous vont vraiment 🙂 Je vous encourage vivement à regarder cette vidéo d’Hanna Gas, dans laquelle elle explique comment éliminer, petit à petit, le noir de notre garde-robe. Essayez, vous ne voudrez plus en porter, je peux vous l’assurer ! Et vous, portez-vous encore du noir ou avez-vous banni cette couleur de votre garde-robe ? Dites-moi tout en commentaire !

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Crédit photo : Pexels.

22 réflexions sur “Une Femme à part peut-elle porter du noir ?

  1. Louise dit :

    Bonjour Thérèse,

    Merci pour cet article, c’est très intéressant ! Effectivement, je pense cette question du noir dépasse la question très circonstancielle de la mode et de la « petite robe noire », c’est vraiment une « couleur » très chargée symboliquement.

    C’est la couleur du prêtre, symbole du sacrifice, de la mort à soi même pour revêtir la vie du Christ, et je trouve que cette idée que tu as développée, du service et de l’effacement devant une cause plus noble, s’inscrit aussi très bien dans cette perspective. Cependant, ce n’est pas absolu : les prêtres religieux, comme les dominicains et les capucins, ont d’autres couleurs avec d’autres symboles.

    Par contre, si le noir religieux existe depuis longtemps, le noir dans la société civile, est très récent, et très triste… Qu’il y en ait un peu, pas de soucis, c’est vrai que c’est pratique parfois, et nécessaire pour certains évènements. Mais aujourd’hui, c’est quasiment un uniforme mondial ! Anthropologiquement, le noir ayant toujours été associé à la mort, de près ou de loin, symboliquement, c’est quand même gênant…
    Une amie qui travaille sur cette période m’a même dit que les grands convertis du XIXe XXe (Jacques Maritain, Paul Claudel, Henri Charlier, Charles Péguy, Huysmans …) considéraient que cette mode du noir était la mort de l’art. C’est vrai que quand on s’intéresse aux tableaux de l’académisme, l’omniprésence des couleurs sombres et particulièrement du noir, ternit tout… si on met une toile impressionniste à côté, on a vraiment l’impression que seul ce dernier tableau est vivant. Et ce n’est pas anodin, à mon sens, qu’aujourd’hui, les vêtements comme l’art nous proposent soit des tons très sombres, soit des couleurs artificielles très violentes (je pense notamment à la mode des débardeurs fluo qu’on a eut pendant un moment…). Bien sûr ce n’est pas absolu, il y a de nombreuses exceptions, mais je pense aux grandes enseignes comme H&M, Zara et compagnies… et aux œuvres criardes du pop art ou de Jeff Koons.

    Je n’ai jamais pris le temps de vérifier, mais il me semble que les couleurs ternes (marron foncé, noir, et parfois un peu de blanc) sont arrivées avec le protestantisme. Ce qui se voit d’ailleurs dans les films revisitant le passé, majoritairement à l’initiative des états-unis, où les personnes sont toujours vêtues très sombrement. Ces films ont imposé ces codes cinématographiques comme normes pour représenter le passé, et dans l’inconscient collectif, on croit que tout le monde s’habillait en noir/gris/marron et blanc au moyen âge par exemple. Ce qui est complètement faux (voir les livres et conférences de Michel Pastoureau, historien des couleurs). Ils aimaient notamment les couleurs vives et unies.

    Bref, si quelqu’un veut faire une thèse ou un mémoire d’histoire et n’a pas d’idées de sujet… je pense qu’il y a un filon ! 😉

  2. Raven dit :

    Dommage que l’exposition soit passée, mais je vous invite à vous renseigner sur « Soleils Noirs », organisée par le Louvre Lens très récemment (ils sont seulement en train de la démonter, le catalogue devrait donc encore être accessible si vous avez quelques euros à y dépenser). Cette exposition revenait sur la symbolique du noir à travers les arts, le temps et les aires géographiques. On y apprenait notamment comment le noir était devenu la couleur du luxe dans les aires flamandes et italiennes pendant la Renaissance, tout en restant par contraste celle de l’austérité. En somme, on se rend compte que tout est question de contexte, mais aussi que la mode du noir comme couleur de l’élégance n’a rien de récent ni de péremptoire. Cependant, je suis d’accord avec vous sur le fait que, bien souvent, on considère qu’il ne se suffit pas à lui-même (comme beaucoup d’autres couleurs) : même en tant que couleur de l’élégance à la Renaissance, on constate qu’il faut l’associer à des dentelles, des broderies ou des bijoux pour en faire ressortir tout le potentiel – autrement, il devient une couleur associée aux marchands, aux juges et aux prêtres.

  3. AT dit :

    Merci Thérèse pour votre article ! Petit témoignage personnel : lorsque je me suis fiancée, il y a de cela maintenant un nombre respectable d’années…, mon fiancé m’a expressément demandé de bannir le noir de ma garde-robe. Il avait vraiment cette couleur de vêtement en horreur, et trouvait que, même très chic, c’était particulièrement vieillissant et triste. Evidemment, le noir n’a pas disparu de ma garde-robe, pour la très simple et bonne raison que mon budget vêtement n’était pas élastique, mais j’ai par la suite fait attention lors de mes achats vestimentaires et je dois avouer que, grâce à ce souhait de mon fiancé puis mari, j’ai “osé” porter de nouveau des couleurs qui, en fait, ont remis de la vie dans ma vie ! Et maintenant, ce sont mes enfants qui profitent de ces choix colorés et qui, comme leur père, n’aiment pas quand maman est en noir.

  4. atmaprana dit :

    Depuis près de 15 ans j’ai banni le noir de ma garde-robe, sauf pour des bas que j’utilise pour faire du yoga à la maison. Je pense que mes voyages en Inde n’y sont pas pour rien. les femmes y sont habillées de couleurs tellement chatoyantes. Si on s’intéresse un peu à la chromothérapie, on sait aussi que les couleurs ont une influence sur notre moral. Il est dit qu’elles sont liées aux différents chakras, etc. Si un certain jour je me sens fatiguée, je mets des couleurs vives (sans être criardes, et c’est vrai que des vêtements avec de belles couleurs, ce n’est pas si facile à trouver dans les magasins…) et j’ai l’impression que ça me soutient. Ça rend la vie plus gaie pour nous-mêmes et pour les autres! C’est tellement triste de voir tout le monde s’habiller en noir et gris dès le mois d’octobre alors qu’on rentre justement dans la saison pendant laquelle on aurait besoin de plus de couleurs!

  5. Clotilde dit :

    Je vais me faire l’avocat du diable : il me semble que certains auteurs chrétiens (St Jean Chrysostome je crois entre autres) exhortent au contraire les femmes à ne pas porter certaines couleurs trop « voyantes », comme le rouge ou le violet. Est-ce que les robes à motifs ou aux couleurs chatoyantes ne sont pas contraires à la modestie qui implique une forme de discrétion, presque de « disparition » au service des autres…?

    • Thérèse dit :

      Je suis d’accord pour les couleurs flashs ou les vêtements brillants, à paillettes, etc (selon les circonstances, puisque pour un moment festif par exemple, je pense que cela ne poserait pas de problème). Mais je pense qu’il serait contre-productif d’être toutes en noires tout le temps, cela ne traduirait pas notre foi et notre joie chrétienne ! Mais où est la limite ? Il est intéressant de réfléchir à tout cela en tout cas 🙂

  6. AT dit :

    En réponse à Clotilde, je serai intéressée de connaître plus précisément ces écrits restrictifs : en effet, il me semble étonnant que le violet soit considéré comme une couleur voyante : jusqu’à il y a peu de temps, c’était la couleur du demi-deuil. On portait le grand deuil en noir, et la transition à la fin du deuil voulait qu’on porte du violet. Mais ça, c’était il y a longtemps, à l’époque où justement, le vêtement signifiait quelque chose. Ma maman se souvient de sa robe du dimanche qu’on a teinte en noire lorsque sa propre maman est décédée alors qu’elle était encore enfant. C’était il y a seulement cinquante ans….
    Que de choses ont été perdues depuis…..
    Un grand saint qui a donné souvent son avis sur la tenue féminine, c’est Saint François de Sales. Et on serait parfois étonné de ce qu’il conseille aux femmes du monde. Rappelons que c’était le directeur spirituel de Sainte Jeanne de Chantal. Un saint d’une grande délicatesse, charité, ardeur pour Dieu et les âmes. Et sachant très clairement dire ce qu’il y a à dire 🙂

  7. AT dit :

    Ah oui, le pourpre. Ce n’est pas pareil. C’est une couleur qui était très codifiée dans l’Antiquité, réservée aux dieux et aux rois. Et une couleur très coûteuse à réaliser. Donc peu répandue…

  8. Louise dit :

    La remarque de Clotilde est très intéressante je trouve. J’ai fouillé un peu du côté de saint Thomas d’Aquin (notre cher docteur commun et universel !) , et j’ai trouvé un article de la somme théologique qui traite précisément de ces questions. C’est dans le Tome II, chapitre sur la tempérance, question 169 La modestie dans la tenue extérieure.

    Ce n’est pas très long, et c’est assez clair, même s’il faut s’accrocher un peu par moments, à cause des nombreuses références qu’on ne connait pas toujours, et le vocabulaire philosophico-théologique dont on n’a pas l’habitude (sans parler de l’impact de la traduction du latin médiéval au français).
    En tout cas il évoque toutes ces questions de manière très synthétique, et surtout il y répond ! 🙂

    Pour ceux qui n’ont pas l’habitude de la Somme Théologique, la question est divisée en plusieurs articles (qui sont eux-mêmes des questions) , et chaque article est organisé ainsi :
    1. objections : c’est à dire plusieurs réponses dans un sens.
    2. cependant (ou « sed contra ») : objection(s) dans le sens inverse.
    3. conclusion : synthèse de la réponse que saint Thomas fait à la contraction entre les objections des 2 premières parties, suivie d’une réponse à chaque objection numérotée.

    Ça peut paraître un peu aride comme procédé, mais ça a le mérite d’être très rigoureux, et de donner une réponse à la fois riche et synthétique sur beaucoup de sujets.

    Je vous met la référence en ligne que j’ai trouvé : http://docteurangelique.free.fr/bibliotheque/sommes/3sommetheologique2a2ae.htm#_Toc79332740

    (n’hésitez pas à taper « question 169 » en ctrl + F pour accéder plus rapidement à l’article)

    • Thérèse dit :

      Merci Louise, je connaissais une partie de la question 169 mais je crois que je ne l’avais jamais lue en entier et c’est passionnant ! Je sens que cela va faire l’objet d’un article 😉

  9. catherine dit :

    J’ai toujours porté de la couleur, robes ,chaussures, bijoux fantaisie. Puis j’ai perdu mon mari il y a 5 mois et je suis incapable de porter autre chose que du noir. Seuls mes enfants trouvent cela normal.
    Je ne sais pas combien de temps cela va durer, je sens que cela dérange certains mais je suis incapable de faire autrement. Merci pour vos articles

  10. Kenzia dit :

    Bonjour,
    Je me permets d’apporter une correction sur l’origine de la petite robe noire de Chanel : vous dites qu’elle a été créée après la guerre, dans un contexte de deuil et de restrictions. Cependant, on place sa création en 1926, soit largement après la fin de la Première Guerre mondiale et avant le début de la Seconde. On se trouve alors au beau milieu d’une période appelée les Années Folles, qui n’ont rien d’une période de vache maigre : au contraire, c’est l’explosion de tenues de plus en plus excentriques et colorées, le krach boursier de 1929 ne menace même pas encore et tout le monde est toujours persuadé que la guerre de 14 était la “der des der”. C’est d’ailleurs ces éléments qui l’ont rendue si iconique : elle tranche avec les couleurs habituelles des toilettes, et fait sortir le noir de la seule tenue de deuil ou d’uniforme. Ceci dit, c’est effectivement la période 1918-1920 durant laquelle les familles portaient le deuil des soldats, infirmières, médecins et ouvrières disparus, qui a fait dire à Chanel que la robe noir était un indispensable dans la garde-robe d’une femme.

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