Lettre à celle qui ne se mariera pas

Voici quelques extraits de cette lettre d’Edward Montier dont je vous mets la photo de couverture ci-dessous. Cette lettre date de 1918, mais on y trouve cependant beaucoup de choses intéressantes. Celles qui veulent la lettre en entier peuvent me la demander en commentaire 🙂

“Les vieilles filles sont méconnues et elles se méconnaissent, et cela au détriment général : au détriment de la société qu’elles pourraient servir et qui les a éloignées doucement, et au détriment d’elles-mêmes qui en s’isolant se rendent plus malheureuses. Or en fait, il existe des vieilles filles, il en a toujours existé, cela suffit bien pour qu’on s’en occupe. Or, s’il existe en fait des vieilles filles, c’est que, dans le principe-même, il n’est pas tout à fait mauvais ou inutile qu’il en existe, mais que cela peut être bon pour elles-mêmes et pour les autres. La Providence en effet gouverne le monde et si elle y permet les vieilles filles, c’est assurément que ces vieilles filles peuvent, si on le veut et si elles le veulent, ne pas être inutiles. Il convient donc de restituer les vieilles filles en la place de choix que la Providence leur a assignée dans ce monde. 

(…) Il faut vous placer bien en face de la réalité, mais il ne faut pas voir dans cette réalité une punition, une vengeance, ni même un abandon, de Dieu. Dieu a son dessein, ce dessein est pour votre bien au Ciel, certes, mais dès ici-bas, si vous savez le comprendre, y correspondre et le vivre avec amour. Certes, au premier moment, si vous aviez rêvé la vie conjugale, un mari, et des enfants, si cette vie conjugale s’ébauchait déjà pour vous en les traits aimés d’un fiancé, il peut se faire que vous ayez cru tout fini et que vous ayez dit “ma vie est brisée”. Ne dites pas “ma vie est brisée”, et si votre vie, en effet, n’est pas brisée, il faut voir à la bien employer, à la rendre féconde, à lui faire rendre la part de moisson avec laquelle vous entrerez vous-même au grenier du Père commun

Il est vrai, vous ne vivrez pas la vie que vous aviez pensé vivre, vous ne vivrez pas la vie de la généralité des femmes. Vous n’aurez ni mari, ni enfants, mais vous ne serez pas, à cause de cela, en dehors de la vie et en dehors de la société. Vous vivrez seule, mais non isolée, et il vous faudra vivre. Or, vivre, ce n’est pas seulement manger, boire et dormir en attendant la mort, avec impatience ou avec résignation, sans amertume et sans regret, mais vivre c’est épanouir son être, et cet épanouissement vous est possible. Prenez donc bien conscience de l’état dans lequel vous allez vous trouver et du rôle que vous pouvez et devez remplir. Et tout d’abord, n’entrez pas dans cet état avec tristesse ou dépit : tout état est saint, qui reste dans l’ordre providentiel et qui est noblement accepté.

(…) C’est pourquoi, quels que soient les chemins par lesquels Dieu vous ait conduite au jardin réservé des vierges, prenez conscience maintenant de votre beauté mystique et de votre élévation dans la hiérarchie des élus. Songez au rôle d’orante et de suppliante qui vous est imparti, à tout ce que pourront peser dans la balance de la communion des saints, vos renoncements, sinon désirés, à tout le moins acceptés, en compensation les appétits grossiers de beaucoup ; vos aspirations généreuses, vos élans du cœur, votre ardeur intellectuelle, vos amours spiritualisées en face des passions et des dérèglements de la plupart des hommes. Dites-vous bien que vous êtes, dès cette terre, parmi celles que Dieu s’est réservé, qu’Il a choisies, qu’Il a élues, et que vous êtes, contrairement à l’opinion courante, et peut-être même à la vôtre, des préférées et des âmes d’élection, sauvegardées de tout contact profane, idéalisées en tout votre être, délivrées de toutes les matérialités, et destinées ainsi à un exemple et à une action rayonnant largement sur la société, dont vous serez vous aussi, et vous peut-être surtout, un des éléments les plus utilement fécondants. Vous devez être un exemple de vie surnaturalisée : dominant les instincts, ou mieux, les affinant, les adaptant, les harmonisant au vouloir de Dieu-même, mieux compris et mieux suivi ; exemple de maîtrise de vous-même, maîtrise des sentiments et de la volonté, exemple de labeur désintéressé et de dévouement à une société dont il semble que vous n’obteniez aucune compensation ; exemple de vie exceptionnelle, certes, mais aussi d’élection, de beauté plus fine, de spiritualité plus intense, de psychologie plus aiguisée. 

(…) Au point de vue sentimental, il ne s’agit pas de tuer en vous l’amour, pour donner l’exemple de la sécheresse du cœur, et sous prétexte que vous ne sauriez le réaliser par la voie providentielle du mariage (…). Vous ne serez ni romanesque, ni prude. Vous n’aurez ni la crainte, ni le mépris de l’amour, vous saurez à quoi vous renoncez, volontairement ou du fait des circonstances. Mais vous aurez assez confiance en la grâce de Dieu et en vous-même, pour ne pas maudire et fuir sottement l’amour, sous prétexte que vous ne sauriez le vivre vous-même en son intégralité humaine. Si le célibat, surtout le célibat forcé et mêlé de souvenirs d’amour, a ses amertumes et ses tristesses, le mariage, même le plus sage et le plus heureux, n’est pas le paradis des joies. Donc ne croyez pas que le mariage vous aurait donné le bonheur parfait, ne croyez pas par suite que le célibat auquel vous êtes destinée vous empêchera de goûter la moindre joie du cœur. Mais pour goûter cette joie, il faut que vous soyez vraiment ce que vous devez être et que vous acceptiez délibérément de rester fille et de devenir une vieille fille

Je veux vous tracer le portrait de la vieille fille idéale telle qu’elle peut être agréable et se faire aimer. (…) La vieille fille doit sauver en elle aussi longtemps que possible la grâce de la jeune fille qu’elle a été et qu’elle restera par la fraîcheur de l’âme, la délicatesse du cœur. Elle peut – elle doit – garder la perpétuelle jeunesse des sentiments, et, par conséquent, tout ce que les sentiments jeunes ont de pudique, de réservé, de charmantes rougeurs. Ainsi ,elle restera délicieusement femme, et ainsi elle sera aimée non comme une camarade qu’on bouscule un peu, mais comme une amie qu’on respecte toujours, elle n’aura ni le ton cavalier ni le geste ni la démarche trop assurée. Sans être timide, ni gauche, elle n’affectera point la hardiesse. Sans craindre la compagnie des hommes, elle n’affichera point parmi eux une aisance excessive, elle n’essaiera point de se faire remarquer par des désinvoltures malavisées. Elle n’aura point l’esprit étroit, l’âme égoïste et repliée sur soi. Elle n’aura point non plus l’humeur aigrie, elle gardera la bonne humeur et le sourire perpétuel, au prix même du plus grand sacrifice intérieur. Il faut vous dire, jeune fille qui deviendra vieille fille, que vous ne pouvez pas vous suffire absolument à vous-même et que le pire malheur qui puisse vous advenir, c’est de verser dans l’égoïsme.

Vous avez un moyen d’être heureuse, un moyen infaillible, mais il est unique pour vous, comme d’ailleurs pour tout être humain marié ou non : c’est de sortir de vous-même, de rayonner au dehors et de vous donner aux autres. Or il n’y a point de rayonnement possible sans lumière intime, il n’y a point de lumière sans gaieté, c’est de la sérénité de l’âme qu’est fait l’éclair des yeux, et la clarté de la physionomie tout entière”.

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Crédit photo : Pexels.

30 réflexions sur “Lettre à celle qui ne se mariera pas

  1. Amaëlle dit :

    Quelle magnifique lettre, un immense merci, Thérèse, elle ne peut que faire grandir ceux qui la lisent, quel que soit leur état de vie ! Je veux bien aussi la lire en entier, si vous voulez bien me la faire parvenir.

  2. AR dit :

    Un grand merci pour ce partage, quel joli texte plein d’espoir et de bon sens! Je veux bien le lire en entier aussi si vous pouvez me le faire parvenir.
    Bon dimanche!

  3. Marie dit :

    Merci Thérèse pour la découverte de ce magnifique texte. J’ai envie de le partager avec celles que je croise et qui doutent de l’utilité de leur vie de célibataire.
    Peux-tu me l’envoyer également en entier ?

  4. Marguerite-Marie Bellin dit :

    Bonsoir
    J’aimerai également avoir la lettre en entier, s’il-vous-plaît.
    Je vous en remercie.
    Être célibataire me permet de passer plus de temps dans la prière, aller à la messe en semaine par exemple. Ceci dans le but de prier pour ceux qui prient moins.
    Nous avons chacun notre rôle sur terre. Et je trouve magnifique le « concept » de la communion des saints.
    Par ailleurs, être célibataire me permet de plus me préoccuper de ma propre relation avec Dieu.
    J’ai la joie également d’être marraine, je peux soulager les parents en m’occupant de mon filleul matériellement et puis spirituellement.
    Pourquou vouloir que tout le monde soit pareil ? Nous sommes complémentaires 🙂

  5. Emmanuelle dit :

    Bonjour Madame,
    J’aimerais pouvoir lire et faire suivre à une proche ce très bel écrit. Merci de nous l’avoir fait connaître.
    Bonne fête de la Toussaint
    Emmanuelle

  6. Manon dit :

    Bonsoir Thérèse, merci beaucoup pour ce partage, qui « tombe à pic » ! Je serais ravie de lire cette lettre en entier 🙂 J’en profite pour vous remercier pour votre travail qui m’apporte beaucoup. Je remercie le Seigneur d’avoir découvert Femme à part ! En union de prière

  7. Violaine dit :

    Bonjour, merci pour cet extrait, très ambitieux mais très beau en effet. Serait-il possible de recevoir la lettre en entier s’il vous plaît?

  8. Inès dit :

    Inès

    Lettre très profonde, c’est un peu comme se mettre à l’école de Notre-Dame, pourriez-vous me l’envoyer en entier s’il vous plaît ?

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